Dans cette chambre étroite

 

Dans cette chambre étroite

flotte une part de vie, l'autre moitié

ne distingue plus la ruée des objets.

J'essaie de lui restituer leur nom

le brun tabac passe par la baie,

sa voix ne répète ni ne murmure.

La porte s'ouvre, l'infirmière

lui carresse le front. Le bruit

du couloir entre familier,

avec son fracas de sabots, s'attarde

à la frontière indicible, pour l'oubli de ma mère.




Tous ceux qui...

 

Tous ceux qui font signe en agitant la main,

ne comptent pas sur les mouchoirs

démodés, tous ceux-là, le long d'un quai

qui déborde le jour suivant

s'en sont allés

capturés par la vitre d'où la vie

s'articule, délaissant

des silhouettes gorgées d'eau

avec le désert buveur des témoins.


REMERCIEMENTS AUX LECTEURS

Le blog de Fabrice Farre fête cette année, précisément, ses dix ans d'existence.

Un grand merci, donc, aux nombreux lecteurs de tous horizons.




Duplice

 

La porte se cache,

les briques maçonnées l'excluent

à moitié,

noire après la pluie de cette nuit.

Ce matin, le soleil cru dédouble

le temps, le pas incertain

trouble la vue. Un oiseau, par-dessus

le mur, s'ébroue en ouvrant deux becs.

Son nom, son espèce reviennent à l'esprit.



Perdus

Sur la margelle vont les fourmis
sans jamais tomber
dans le noir instable,
sur le fil marche le funambule,
sur la moindre corniche
je pense souvent.
La simple idée de la chute nous fait dire
que nous sommes perdus,
mais serions-nous plus utiles
si rien ne menaçait.

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Sul parapetto vanno le formiche
senza mai cadere
nel buio instabile,
sul filo cammina il funambolo,
sulla minima cornice
sto pensando spesso.
L'unica idea della caduta ci fa dire
che siamo smarriti,
ma saremmo più utili
se non ci fosse nessuna minaccia.


in LA FIGURE DES CHOSES, éd. Henry, octobre 2014



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