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A LA FENÊTRE

 

À la fenêtre bourdonne une chose aussi grosse

qu'un poing. Le vent qui se hasarde par là

déplace le sable d'un désert probablement

saharien et sous sa chappe orange disparaît

la maison où l'on vit.


La chose récidive, tournoie et s'échine,

on l'évite d'instinct, elle danse encore

autour des têtes, grave, trop grave. La main s'agite,

la repousse, la bête pourrait piquer. On en connaît

la morsure quand, discordant tout comme le cœur,

le scarabée ouvre sa carapace.


 


TU GLISSES AINSI

 

Tu glisses ainsi, à la manière de la petite embarcation

qui conduit les dizaines de touristes, le long du quai

de Saône. Tu aurais pu être le pavillon dans la mâture,

le signe loquace d'un jour qui dure. Le sillage blanchit

davantage quand dérive la noix minuscule, peuplée

d'expressions ébahies couvertes de chapeaux et de verres

photochromiques. Caruso à son bord distrait l'oreille et me lie

de loin à ta présence furieuse. Tu t'immisces dans

le groupe hasardeux et te distingues de cet air bien familier

parmi d'habituels inconnus. Au retour, puisque rien ne dure,

débarquent dans le désordre, les rires, les mains et criaillements,

le soleil et l'étonnement naïf. Tu aurais pu pardonner avec

l'épanchement qui n'est plus le mien, le haut fait de cette époque.


TU AIMES...

 

Tu aimes les chevaux, mais les caprices du corps

freinent la course, depuis quelques temps. Regarde-les

courir dans l'enclos, derrière la bâtisse jaune de foin.

La vision est légère et suspendue : tout s'indiffère.


La force emporte, malgré tout, le cavalier tiré au sort,

armé, désarmé, qu'importe. Sancho l'accompagne

à chacun de ses pas, il le reconnaît et les choses

se reposent en courbant l'échine au-dessus de l'eau.




DOUVES



Sophie Brassart (accès au site d'un clic sur l'image)

La lame de vie s'est glissée sous l'eau,

je l'ai fixée dans le miroir intime.

Au-dessus des douves, j'ai pu entendre

le brame du cerf lancer l'ultime

silence. J'ai vu les arbres, leurs branches se tendre.

Comme une feuille, je suis tombé vers le haut.


in IMPLORE, Bruno Guattari éditeur, 2020

MA NON TROPPO...

 

Telle est la cible : une chose mouvante,

animal probable des bois dans la ville, issue

du confinement et de la myopie.


Je la saisis mieux en fronçant les yeux,

la reconnais alors dans le lieu du désir,

entre un arbre charnu et une station-service.


Au moment où elle se sent atteinte,

elle s'arrête net, me renvoyant en me fixant

l'objet de l'assaut qui fait de nous deux victimes.



LE CHEVAL DE MONTALE

 

Je retrouve le cheval terrassé de Montale, l'enjoins à se relever

et, moins animal, je reprends la verticale.


Je portai, un temps, sa tête monstrueuse, mesurai au bord

de la défaite, le poids de l'existence. Le souffle

restituait le mouvement à cette chevelure qui nous retenait.

L'eau fit le bruit d'un collier de perles, la feuille sèche

reprit sa course, la statue m'interrogea en levant la main

et je rendis le cri au faucon de l'après-midi ;

passagers nous l'étions, cheval et moi, ainsi que le prédit

le nuage au désert du ciel.

Harnachés tous deux, nous prenions congé de la terre renversée,

sous le signe de la pierre animée,

après un clignement de paupières.


In Carte de séjour, Encres Vives, printemps 25


Chair

 

La chair noire éclaire la lanterne

les murmures s'apparentent au latin

les heures attirées manquent leur cible

le grave danse annonçant le matin

et toutes ces heures indescriptibles

Demain voudrait tant être moderne


Extrait du recueil IMPLORE, Bruno Guattari Editeur, 2020.




Saint-Sauveur

 

Les nuages se séparent des toits

mais ne rejoignent pas les hauteurs.

Le paradis singe la terre d'ici.

Les habitants rentrent en allumant

un petit carré d'âme ouvert dans la pierre,

sans volets. Les pluies ont usé la route, emporté 

les chevaux qui regardaient les hommes.

Le seul âne qui s'incurve

sous le poids emporte

les pauvres dieux.


Extrait de SAUF, éditions du Cygne, 2021



TU GLISSES...

 

Tu glisses ainsi, à la manière de la petite embarcation
qui conduit les dizaines de touristes, le long du quai
de Saône. Tu aurais pu être le pavillon dans la mâture,
le signe loquace d'un jour qui dure. Le sillage blanchit
davantage quand dérive la noix minuscule, peuplée
d’expressions ébahies couvertes de chapeaux et de verres
photochromiques. Caruso à son bord distrait l’oreille et me lie
de loin à ta présence furieuse. Tu t’immisces dans
le groupe hasardeux et te distingues de cet air bien familier
parmi d’habituels inconnus. Au retour, puisque rien ne dure,
débarquent dans le désordre, les rires, les mains et criaillements,
le soleil et l'étonnement naïf. Tu aurais pu pardonner, avec
l’épanchement qui n’est plus le mien, le haut fait de cette époque.


Fabrice Farre, invité à la Librairie Mollat pour son recueil MODE MINEUR (Aux Cailloux des Chemins)

Rendez-vous au Marché de la poésie, à Saint-Sulpice, dans quelques jours, en juin.

L'auteur dédicacera son recueil au stand des éditions Aux Cailloux des Chemins.





Mode mineur, Editions Aux Cailloux des Chemins, 2026

 

VI


Parle à voix basse

                            dans le terrain de fleurs dorment les inconnus.

J'entendrai

bien ce que tu penses et ce que te répondent ceux qu'on a ensevelis.

Leurs sons noirs toucheront les pétales et, au-delà, je nous

trouverai errants coquelicots, songeurs dans toutes ces paroles

ou dans le vol de l'insecte


D'autres poèmes en lecture, via Calaméo : Mode Mineur Fabrice Farre

MODE MINEUR

 

Assis tout près du jardin mais

en lui, à tes côtés, loin pourtant, le visage tourné

vers le nord, comme le tien,

à nous deux fantômes, à nous seuls brins manquants au buis.


Poème XVII, extrait de MODE MINEUR, page 83.




PIERRE PONCE

 XV


Ton nom petit prononcé à chaque tour, au moment où je passe 

le long du stade. J’en retiens la marche sur l’herbe,

lorsque je vis en cet instant. 

 

Je l’entends, il retentit. Puis, sans même être prononcé, 

il ralentit le pas du renard qui, fileur, musarde

écorché par les baies au ras du sol, avant de revenir

en moi. Risquer sans cesse le nom chasse l’oubli.

 

Extrait de Mode mineur, Aux cailloux des chemins, 2025.

PARTOUT AILLEURS, extraits


On travaille dans le pays, ôtant rails et traverses. On charge le ballast au soir, dans les sacs en toile, avant d'aller dormir. Les chemins défaits rêvent alors de trains. Pendant le sommeil, les rues partent en direction du foyer, délaissant les bleu de travail inflammables à la frontière, pour la couleur de la rose, le bonheur de l'oubli.


Les promesses de retour se multiplient, jusque tard dans la nuit. Venues du port par le bateau français, elles gravissent les coteaux couverts d'étoupe. Elles glissent dans le bassin rocheux, entrent dans la chambre du mourant. Promettre de revenir un jour est une trahison, une pierre qui retombe.


In Partout ailleurs, p.isage intérieur, 2018

Une lecture de Dominique Boudou : ici dans Recours au Poème. 



RIEN

 

Le volet replié dans le ciel d'où croule un feuillage

comme l'air, les bruits lointains après le ressac

et la terre affluant comme une mer pour l'alité,

 

lui garde les yeux levés, scrute la mécanique du mouvement

la couleur identique varie, la chambre tient dans le cœur

dehors est une chambre où la fièvre lave le rien qui nous excuse.


In Mode mineur (à paraître, début 2026)

CARTE DE SEJOUR, Encres vives, 2025




                                                                Photo de couverture : Marianne Gioia



 

La lucarne s'éclaire, la maison se soulève.

Dans l'odeur de talc fougère, les mains

ménagères fabriquent le pain de l'air.

La lampe du plafond fait voler des cercles de couleurs

et des arcs brisés et les voix aux airs latins s'amenuissent

à mesure que le lieu se retire.

C'est elle qui, tout en m'apercevant, jette

aux chats chétifs un morceau de pâte, soucieuse

de rester encore, ici-bas. Je la reconnais, léger sur la neige mère,

en moi.



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TOUS LES TEXTES SONT PROTÉGÉS [page WIKIPEDIA]. Ils sont la propriété exclusive de Fabrice Farre.







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