AU SOIR


 

Pourquoi viens-tu me surprendre en plein jour ?

La lumière sursaute, dans le coin d’une pensée

je te suis, les yeux retournés. Sans un mot,

je te donne des nouvelles, tu réponds dans la langue

d’un temps. J’articule quelques syllabes

du dedans, de celles qui s’amarrent et permettent

d’entrer dehors, à nouveau. Je te poursuis,

leurré, le soleil te happe, mais c’est

l’éclairage d’une lampe haute. Je lis donc à la nuit

tombée. Passent ton visage, le vent dans tes cheveux ;

l’image rassemble ses reliefs.


RECONCILIATION


Le fuseau de ta main tresse l'air, revient accidentellement

au bord de la tasse. L'après-midi fleurit sur la porcelaine,

l'été est généreusement anglais, deux ou trois doigts courent

sur ton menton, se rassemblent pour allumer une cigarette.

Je te vois en détails devant la flamme, tu t'éloignes derrière

le nuage. Ta mimique conclut le dilemme du plaisir et de son

contraire. Une mèche se noue autour de ton doigt dressé vers

le haut. Il n'y a de hauteur que l'impatiente réconciliation.



Saint-Sauveur

 

Les nuages se séparent des toits

mais ne rejoignent pas les hauteurs.

Le paradis singe la terre d'ici.

Les habitants rentrent en allumant

un petit carré d'âme ouvert dans la pierre,

sans volets. Les pluies ont usé la route, emporté 

les chevaux qui regardaient les hommes.

Le seul âne qui s'incurve

sous le poids emporte

les pauvres dieux.


Extrait de SAUF, éditions du Cygne, 2021



RENTRER

 

Quand je rentre de ma leçon,

je ne fais pas le même chemin. Je m’égare souvent,

au risque de me perdre. Ma consolation

est ce que j’ai appris et que je me répète

jusqu’à l’épuisement.

 

L’autre leçon est celle du ressac en moi

qui de son écume blanchit mes cheveux.


VUES ET REVUES

LISTES DES PAGES DU BLOG

POÉSIE CONTEMPORAINE... peut-être

TOUS LES TEXTES SONT PROTÉGÉS [page WIKIPEDIA]. Ils sont la propriété exclusive de Fabrice Farre.







ARCHIVES DU BLOGUE