TOUT EST POUR TOI


Tout est pour toi, dans cette brassée :

le rouge cerise de ton sourire, le jaune

d'un soleil sous l'auvent où se récoltent

les grappes de murmure au gré du vent

assez visible lorsqu'il soulève le vert

des champs. Un souffle persiste, si près. Tout

est maintenu, ici-bas, dans le panier de terre

que place et déplace l'œil du colibri.



Extrait de la revue américaine Osiris, n°99

LE CHEVAL DE MONTALE

 

Je retrouve le cheval terrassé de Montale, l'enjoins à se relever

et, moins animal, je reprends la verticale.


Je portai, un temps, sa tête monstrueuse, mesurai au bord

de la défaite, le poids de l'existence. Le souffle

restituait le mouvement à cette chevelure qui nous retenait.

L'eau fit le bruit d'un collier de perles, la feuille sèche

reprit sa course, la statue m'interrogea en levant la main

et je rendis le cri au faucon de l'après-midi ;

passagers nous l'étions, cheval et moi, ainsi que le prédit

le nuage au désert du ciel.

Harnachés tous deux, nous prenions congé de la terre renversée,

sous le signe de la pierre animée,

après un clignement de paupières.


In Carte de séjour, Encres Vives, printemps 25


CABARET

 

À l’heure où la musique s’accordait

au beau milieu de la foule béate,

elle relevait un peu sa robe avec une pudeur

maternelle, libérant des nuées d’enfants

nées d’une chanson aigre-douce, aussi

nombreuses que le sont les taches de rousseur

sur le masque rieur de la baladine.



PETIT JOUR

 

Chez moi, la lumière touchant la barrière se brise

sur le plancher rajeuni. Il y a autant de glyphes

que d’incompréhensions. Et pourquoi cette question d’hier

a-t-elle été posée tout à coup, alors que le silence prenait place 

et qu’il ne s’agissait de mur que pour l’intimité ?

Sans m’attarder, j’ai vu les mines surprises de chacun 

portées par des corps filiformes et le drame seul privé d'avenir.

À cette heure, la ferraille entre chez moi par la fenêtre.

Je compte les secondes, veillant au feu de la forge

qui atteint l’intérieur, malgré mon tablier en cuir.


Compte

La lampe s’éteint, le soir entre en crue
passe et disperse les objets qui tenaient
dans la raison. Il n’y a donc plus aucune
ligne de survie. On cherche à la hâte un appui
qui ait la forme capable de restituer
nos biens parmi lesquels nous comptons.


Revue Conférence, n° 40 - Printemps 2015.

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