A LA FENÊTRE

 

À la fenêtre bourdonne une chose aussi grosse

qu'un poing. Le vent qui se hasarde par là

déplace le sable d'un désert probablement

saharien et sous sa chappe orange disparaît

la maison où l'on vit.


La chose récidive, tournoie et s'échine,

on l'évite d'instinct, elle danse encore

autour des têtes, grave, trop grave. La main s'agite,

la repousse, la bête pourrait piquer. On en connaît

la morsure quand, discordant tout comme le cœur,

le scarabée ouvre sa carapace.


 


TU GLISSES AINSI

 

Tu glisses ainsi, à la manière de la petite embarcation

qui conduit les dizaines de touristes, le long du quai

de Saône. Tu aurais pu être le pavillon dans la mâture,

le signe loquace d'un jour qui dure. Le sillage blanchit

davantage quand dérive la noix minuscule, peuplée

d'expressions ébahies couvertes de chapeaux et de verres

photochromiques. Caruso à son bord distrait l'oreille et me lie

de loin à ta présence furieuse. Tu t'immisces dans

le groupe hasardeux et te distingues de cet air bien familier

parmi d'habituels inconnus. Au retour, puisque rien ne dure,

débarquent dans le désordre, les rires, les mains et criaillements,

le soleil et l'étonnement naïf. Tu aurais pu pardonner avec

l'épanchement qui n'est plus le mien, le haut fait de cette époque.


TU AIMES...

 

Tu aimes les chevaux, mais les caprices du corps

freinent la course, depuis quelques temps. Regarde-les

courir dans l'enclos, derrière la bâtisse jaune de foin.

La vision est légère et suspendue : tout s'indiffère.


La force emporte, malgré tout, le cavalier tiré au sort,

armé, désarmé, qu'importe. Sancho l'accompagne

à chacun de ses pas, il le reconnaît et les choses

se reposent en courbant l'échine au-dessus de l'eau.




AU SOIR

                                                                             NB : les mots en rouge sont ceux d'Andrea Moorhead.


Pourquoi viens-tu me surprendre en plein jour ?

Jour vert de pluie et de silence.

La lumière sursaute dans le coin d'une pensée

je te suis, les yeux retournés.

Loin des comètes

des mirages solaires.

Sans un mot, je te retrouve dans le passage du vent

je te donne des nouvelles, tu réponds dans la langue

d'un temps. Voix distincte des feuilles

reflets d'un miroir trop proche.

J'articule quelques syllabes

du dedans, de celles qui s'amarrent et permettent

d'entrer dehors, à nouveau. Je te poursuis,

leurré, le soleil te happe, mais c'est

l'éclairage d'une lampe haute.

L'ombre des mots sur les pages d'iris

sur les paupières du rêve.

Je lis donc à la nuit

tombée. L'encre sympathique

de toute lumière.

Passent ton visage, le vent dans tes cheveux,

l'image rassemble ses reliefs.


Juin 2025

DOUVES



Sophie Brassart (accès au site d'un clic sur l'image)

La lame de vie s'est glissée sous l'eau,

je l'ai fixée dans le miroir intime.

Au-dessus des douves, j'ai pu entendre

le brame du cerf lancer l'ultime

silence. J'ai vu les arbres, leurs branches se tendre.

Comme une feuille, je suis tombé vers le haut.


in IMPLORE, Bruno Guattari éditeur, 2020

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