TU AIMES...
Tu aimes les chevaux, mais les caprices du corps
freinent la course, depuis quelques temps. Regarde-les
courir dans l'enclos, derrière la bâtisse jaune de foin.
La vision est légère et suspendue : tout s'indiffère.
La force emporte, malgré tout, le cavalier tiré au sort,
armé, désarmé, qu'importe. Sancho l'accompagne
à chacun de ses pas, il le reconnaît et les choses
se reposent en courbant l'échine au-dessus de l'eau.
Le 13/10/2026
Voici le commentaire de Thierry Radière, à ce sujet : " J'ai lu ton recueil comme si j'avais visité une pinacothèque. Chaque texte est un tableau original devant lequel je me suis parfois attardé pour mieux le comprendre et saisir ses nuances, ses astuces et ses subtilités. J'ai été transporté par une espèce de sentiment agréable de mystère qui m'envahit encore au moment où je t'écris. C'est là que réside la force de ta poésie : dans son caractère à la fois sybillin - au sens esthétique du terme - et immensément sensoriel, voire sensuel. Et elle me fait penser à cet égard à la poésie de James Sacré. Beaucoup de belles trouvailles. Chaque texte n'a pas seulement l'apparence d'un tableau, mais aussi le ton d'une micro-fiction sortie d'un rêve difficile à freiner. J'ai été sensible à ton humour, même s'il est discret. Naviguer entre la réalité, le fantasme, l'illusion et les souvenirs m'a permis de m'interroger sur mon propre travail. Et c'est ce que j'aime quand je lis, être mis à contribution, d'une manière ou d'une autre. Ton univers me touche parce qu'il n'est ni démonstratif, ni dogmatique. Tu poses un regard personnel, parfois halluciné sur le monde - ton monde - sans chercher à séduire et c'est cela qui me touche, justement. C'est un recueil que je vais relire parce qu'il est riche en références, en connotations et en implicite que je n'ai pas fini d'explorer. Merci, Fabrice, d'avoir écrit ce recueil : il a été inspirant pour moi, comme si j'avais vécu une expérience sensorielle inédite et difficilement racontable."
MODE MINEUR
Assis tout près du jardin mais
en lui, à tes côtés, loin pourtant, le visage tourné
vers le nord, comme le tien,
à nous deux fantômes, à nous seuls brins manquants au buis.
Poème XVII, extrait de MODE MINEUR, page 83.
TU GLISSES AINSI
Tu glisses ainsi, à la manière de la petite embarcation
qui conduit les dizaines de touristes, le long du quai
de Saône. Tu aurais pu être le pavillon dans la mâture,
le signe loquace d'un jour qui dure. Le sillage blanchit
davantage quand dérive la noix minuscule, peuplée
d'expressions ébahies couvertes de chapeaux et de verres
photochromiques. Caruso à son bord distrait l'oreille et me lie
de loin à ta présence furieuse. Tu t'immisces dans
le groupe hasardeux et te distingues de cet air bien familier
parmi d'habituels inconnus. Au retour, puisque rien ne dure,
débarquent dans le désordre, les rires, les mains et criaillements,
le soleil et l'étonnement naïf. Tu aurais pu pardonner avec
l'épanchement qui n'est plus le mien, le haut fait de cette époque.
Extrait de Ma non troppo, suivi de Les coïncidences, chez Bruno Guattari Editeur, rentrée 2026
100 poèmes, 12 €
MEMOIRES (avec les peintures d'Anne Slacik)
Faut-il inventer la courbe
le toit et le vol des étourneaux
franchissant les hauteurs. En fermant les yeux
il y eut cette image.
L'image longtemps nouvelle d'un lieu
pourtant connu mais inexplicable :
des tuiles sans charpente, des ailes sans oiseaux
et le fond de l'horizon cherché par absence
in Ce qui reste, 2018
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