TU AIMES...

 

Tu aimes les chevaux, mais les caprices du corps

freinent la course, depuis quelques temps. Regarde-les

courir dans l'enclos, derrière la bâtisse jaune de foin.

La vision est légère et suspendue : tout s'indiffère.


La force emporte, malgré tout, le cavalier tiré au sort,

armé, désarmé, qu'importe. Sancho l'accompagne

à chacun de ses pas, il le reconnaît et les choses

se reposent en courbant l'échine au-dessus de l'eau.




AU SOIR

                                                                             NB : les mots en rouge sont ceux d'Andrea Moorhead.


Pourquoi viens-tu me surprendre en plein jour ?

Jour vert de pluie et de silence.

La lumière sursaute dans le coin d'une pensée

je te suis, les yeux retournés.

Loin des comètes

des mirages solaires.

Sans un mot, je te retrouve dans le passage du vent

je te donne des nouvelles, tu réponds dans la langue

d'un temps. Voix distincte des feuilles

reflets d'un miroir trop proche.

J'articule quelques syllabes

du dedans, de celles qui s'amarrent et permettent

d'entrer dehors, à nouveau. Je te poursuis,

leurré, le soleil te happe, mais c'est

l'éclairage d'une lampe haute.

L'ombre des mots sur les pages d'iris

sur les paupières du rêve.

Je lis donc à la nuit

tombée. L'encre sympathique

de toute lumière.

Passent ton visage, le vent dans tes cheveux,

l'image rassemble ses reliefs.


Juin 2025

DOUVES



Sophie Brassart (accès au site d'un clic sur l'image)

La lame de vie s'est glissée sous l'eau,

je l'ai fixée dans le miroir intime.

Au-dessus des douves, j'ai pu entendre

le brame du cerf lancer l'ultime

silence. J'ai vu les arbres, leurs branches se tendre.

Comme une feuille, je suis tombé vers le haut.


in IMPLORE, Bruno Guattari éditeur, 2020

MA NON TROPPO...

 

Telle est la cible : une chose mouvante,

animal probable des bois dans la ville, issue

du confinement et de la myopie.


Je la saisis mieux en fronçant les yeux,

la reconnais alors dans le lieu du désir,

entre un arbre charnu et une station-service.


Au moment où elle se sent atteinte,

elle s'arrête net, me renvoyant en me fixant

l'objet de l'assaut qui fait de nous deux victimes.



FOLIE DOUCE

 

Terrassé par les cris de guerre enfantés

par la chair de la chair, je vais parler

aux tournesols du jardin clos, compter

le nombre de fois où ils s’orientent

vers la lumière pour la préserver

dans la graine supplémentaire d’un noir léger

et former un visage de raison

que Fibonacci aurait décelé.


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