CABARET

 

À l’heure où la musique s’accordait

au beau milieu de la foule béate,

elle relevait un peu sa robe avec une pudeur

maternelle, libérant des nuées d’enfants

nées d’une chanson aigre-douce, aussi

nombreuses que le sont les taches de rousseur

sur le masque rieur de la baladine.



PETIT JOUR

 

Chez moi, la lumière touchant la barrière se brise

sur le plancher rajeuni. Il y a autant de glyphes

que d’incompréhensions. Et pourquoi cette question d’hier

a-t-elle été posée tout à coup, alors que le silence prenait place 

et qu’il ne s’agissait de mur que pour l’intimité ?

Par la suite, sans m’attarder, j’ai entrevu les mines surprises 

de chacun, portées par des corps filiformes

et le drame seul auquel manquait l’avenir d’un espoir possible.

À cette heure, la ferraille entre chez moi par la fenêtre.

Je compte les secondes, veillant au feu de la forge

qui atteint l’intérieur, en dépit de mon tablier en cuir.


Compte

La lampe s’éteint, le soir entre en crue
passe et disperse les objets qui tenaient
dans la raison. Il n’y a donc plus aucune
ligne de survie. On cherche à la hâte un appui
qui ait la forme capable de restituer
nos biens parmi lesquels nous comptons.


Revue Conférence, n° 40 - Printemps 2015.

APPARITION



Secrète en son jardin
les rosiers la mesurent
entre les haies et les feuilles rondes.
L'étourneau perce le vert
à trois heures, comme nous sommes
du même nombre, de l'identité
remarquable du passage.


Photo : Marianne FD

Chair

 

La chair noire éclaire la lanterne

les murmures s'apparentent au latin

les heures attirées manquent leur cible

le grave danse annonçant le matin

et toutes ces heures indescriptibles

Demain voudrait tant être moderne


Extrait du recueil IMPLORE, Bruno Guattari Editeur, 2020.




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