Lessives étendues : Anthologie de terre à ciel (45 auteurs, 2017)

Le jour suivant



Prépare le matin pendant que dort le ciel du bocage, au-dessus des hêtres ébouriffés. Dehors encore est petit comme un mouchoir de poche. Laisse entrer dans tes mains les mains précédentes. Les gestes durent, après ceux des mères incalculables, ainsi jusqu’au monde inhabité. Le blanc s’étale alors dans la vapeur du souffle, comme l’hiver en une saison chaude. Les haies s’amenuisent, laissant entrer le chemin vicinal : la prairie voisine se remplit de maisons. Le blanc suinte, s’agrège, coule et saute, poussé par l’effort. Il a l’odeur de la joie, la largeur du travail par la longueur du rire des ombres légères. Sur le fil courent les draps. L’aube, à cette heure, s’éteint comme une lampe molle. Le ciel se déleste et claque. L’ordre tacite du devoir est une injonction à la vie : le matin se déclare. Quelle est donc cette vision. Un linceul ébloui ou un visage simple. Mère, ma mère, laver et blanchir ont tout du premier langage.


Fabrice Farre <Lien>


SAUF




1

Le sabot frappe la pierre, le son se répand inaudible
jusqu'au midi. Nous tournons la tête de ce côté, sans
savoir, vieillissant d'un jour de plus quand naît enfin de
l'air chaud un troupeau entier qui déborde la raison : les
pierres roulent, le gardien de moutons vacille, la mer laineuse
presque grise blanchit le ravin au-dessous des buissons d'acacias.


 2


Et les épines dans les feuilles, au-dessus du muret obligent
à baisser la tête, sans doute pour se protéger mais davantage
pour arriver le corps en prière dans le soir rose avant le
plein jour. Les pierres s'éboulent, les entendre au loin
ranime les pas d'ici, et d'elles le troupeau se détache,
regagnant la part du ciel d'un souffle proche du repos.



Poème


Le vantail bouge, dans la chambre entre lentement
le chemin qui longe la façade, au bout duquel siffle
le premier merle. Les murs arborent les taches de lumière,
le chant lancé traverse d'une seule note l'espace confiné
du corps dont le désert gagne un horizon lointain
comme un gage de monde inventé par le désir.

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