Le geste désappris, maintenant,
fait ajuster le bas vers la terre. La joie
souffle l'herbe rase, la désillusion
ne descend pas davantage. C'est
ce chemin acquis qui ravine
avec le sourire le temps qui reste.
Le geste désappris, maintenant,
fait ajuster le bas vers la terre. La joie
souffle l'herbe rase, la désillusion
ne descend pas davantage. C'est
ce chemin acquis qui ravine
avec le sourire le temps qui reste.
Avec les photos de Philippe Agostini...
Il ne reste plus que neuf exemplaires en stock, à ce jour. Un grand merci aux lecteurs !
Leur jeu consistait à courir dans la direction contraire du
wagon, à la même vitesse, afin que les portes ouvertes de part
et d'autre leur offrent l'occasion de se voir une nouvelle fois.
L'un connaiisait le visage de l'autre, pourtant la peur tenaille
puis efface toute trace. Au bout de l'épuisement, enfin, la sur-
prise dévaste : elle est celle qui révèle l'image de son sem-
blable où chacun se reconnaît trait pour trait.
Extrait de LES SEPT LIGNES, Arpa n°143, février 2024
À la fenêtre bourdonne une chose aussi grosse
qu'un poing. Le vent qui se hasarde par là
déplace le sable d'un désert probablement
saharien et sous sa chappe orange disparaît
la maison où l'on vit.
La chose récidive, tournoie et s'échine,
on l'évite d'instinct, elle danse encore
autour des têtes, grave, trop grave. La main s'agite,
la repousse, la bête pourrait piquer. On en connaît
la morsure quand, discordant tout comme le cœur,
le scarabée ouvre sa carapace.
Tu glisses ainsi, à la manière de la petite embarcation
qui conduit les dizaines de touristes, le long du quai
de Saône. Tu aurais pu être le pavillon dans la mâture,
le signe loquace d'un jour qui dure. Le sillage blanchit
davantage quand dérive la noix minuscule, peuplée
d'expressions ébahies couvertes de chapeaux et de verres
photochromiques. Caruso à son bord distrait l'oreille et me lie
de loin à ta présence furieuse. Tu t'immisces dans
le groupe hasardeux et te distingues de cet air bien familier
parmi d'habituels inconnus. Au retour, puisque rien ne dure,
débarquent dans le désordre, les rires, les mains et criaillements,
le soleil et l'étonnement naïf. Tu aurais pu pardonner avec
l'épanchement qui n'est plus le mien, le haut fait de cette époque.
Tu aimes les chevaux, mais les caprices du corps
freinent la course, depuis quelques temps. Regarde-les
courir dans l'enclos, derrière la bâtisse jaune de foin.
La vision est légère et suspendue : tout s'indiffère.
La force emporte, malgré tout, le cavalier tiré au sort,
armé, désarmé, qu'importe. Sancho l'accompagne
à chacun de ses pas, il le reconnaît et les choses
se reposent en courbant l'échine au-dessus de l'eau.
NB : les mots en rouge sont ceux d'Andrea Moorhead.
Pourquoi viens-tu me surprendre en plein jour ?
Jour vert de pluie et de silence.
La lumière sursaute dans le coin d'une pensée
je te suis, les yeux retournés.
Loin des comètes
des mirages solaires.
Sans un mot, je te retrouve dans le passage du vent
je te donne des nouvelles, tu réponds dans la langue
d'un temps. Voix distincte des feuilles
reflets d'un miroir trop proche.
J'articule quelques syllabes
du dedans, de celles qui s'amarrent et permettent
d'entrer dehors, à nouveau. Je te poursuis,
leurré, le soleil te happe, mais c'est
l'éclairage d'une lampe haute.
L'ombre des mots sur les pages d'iris
sur les paupières du rêve.
Je lis donc à la nuit
tombée. L'encre sympathique
de toute lumière.
Passent ton visage, le vent dans tes cheveux,
l'image rassemble ses reliefs.
Juin 2025
![]() |
| Sophie Brassart (accès au site d'un clic sur l'image) |
Telle est la cible : une chose mouvante,
animal probable des bois dans la ville, issue
du confinement et de la myopie.
Je la saisis mieux en fronçant les yeux,
la reconnais alors dans le lieu du désir,
entre un arbre charnu et une station-service.
Au moment où elle se sent atteinte,
elle s'arrête net, me renvoyant en me fixant
l'objet de l'assaut qui fait de nous deux victimes.
Terrassé par les cris de guerre enfantés
par la chair de la chair, je vais parler
aux tournesols du jardin clos, compter
le nombre de fois où ils s’orientent
vers la lumière pour la préserver
dans la graine supplémentaire d’un noir léger
et former un visage de raison
que Fibonacci aurait décelé.
Nous l'avons perdue de l'avoir laissée
nous enfermer, cette petite clef
qui maintenant nous observe,
avec ce profil qui est le nôtre.
Nous pourrions la faire tourner
dans la serrure sans parler
une seule fois dans nos gorges.
Eve, tu actionnerais le ressort du pêne,
je serais le premier Adam à te dire
que la porte s'ouvre enfin. *
* Les termes "gorge" et pêne" appartiennent au lexique du serrurier. Quant à Eve, c'est aussi "la nervure qui sert à guider la clef dans la serrure".
Extrait de LA FIGURE DES CHOSES, Ed. Henry, 2014, page 22
Pourquoi viens-tu me surprendre, me
surprendre
en plein jour. La lumière sursaute,
dans le coin arrondi
je te suis, avec mes yeux du
dedans. Je te donne
des nouvelles en pensée, tu réponds
staccato, dans une langue
semblable. J’articule, dans le creux,
je ne sais quoi :
voici ce qui s’amarre et permet d’entrer
à nouveau dehors.
Tout est pour toi, dans cette brassée :
le rouge cerise de ton sourire, le jaune
Je retrouve le cheval terrassé de Montale, l'enjoins à se relever
et, moins animal, je reprends la verticale.
Je portai, un temps, sa tête monstrueuse, mesurai au bord
de la défaite, le poids de l'existence. Le souffle
restituait le mouvement à cette chevelure qui nous retenait.
L'eau fit le bruit d'un collier de perles, la feuille sèche
reprit sa course, la statue m'interrogea en levant la main
et je rendis le cri au faucon de l'après-midi ;
passagers nous l'étions, cheval et moi, ainsi que le prédit
le nuage au désert du ciel.
Harnachés tous deux, nous prenions congé de la terre renversée,
sous le signe de la pierre animée,
après un clignement de paupières.
In Carte de séjour, Encres Vives, printemps 25
À l’heure où la musique s’accordait
au beau milieu de la foule béate,
elle relevait un peu sa robe avec une pudeur
maternelle, libérant des nuées d’enfants
nées d’une chanson aigre-douce, aussi
nombreuses que le sont les taches de rousseur
sur le masque rieur de la baladine.
Chez moi, la lumière touchant la barrière se brise
sur le plancher rajeuni. Il y a autant de glyphes
que d’incompréhensions. Et pourquoi cette question d’hier
a-t-elle été posée tout à coup, alors que le silence
prenait place
et qu’il ne s’agissait de mur que pour l’intimité ?
Sans m’attarder, j’ai vu les mines surprises de chacun
portées par des corps filiformes et le drame seul privé d'avenir.
À cette heure, la ferraille entre chez moi par la
fenêtre.
Je compte les secondes, veillant au feu de la forge
qui atteint l’intérieur, malgré mon tablier en cuir.
La chair noire éclaire la lanterne
les murmures s'apparentent au latin
les heures attirées manquent leur cible
le grave danse annonçant le matin
et toutes ces heures indescriptibles
Demain voudrait tant être moderne
Extrait du recueil IMPLORE, Bruno Guattari Editeur, 2020.
Dans la boîte des pensées, la valise
porte les syllabes, deux phrases, mille dialectes et
récits,
des enfants constellés un à un.
L’univers tout entier tient dans la poche intérieure,
la chemise achetée dépasse un peu du cuir cousu,
elle sera passée dès lors que seront reconnus
la rue, la maison, l’arbre du patio.
Pourquoi viens-tu me surprendre en plein jour ?
La lumière sursaute, dans le coin d’une pensée
je te suis, les yeux retournés. Sans un mot,
je te donne des nouvelles, tu réponds dans la langue
d’un temps. J’articule quelques syllabes
du dedans, de celles qui s’amarrent et permettent
d’entrer dehors, à nouveau. Je te poursuis,
leurré, le soleil te happe, mais c’est
l’éclairage d’une lampe haute. Je lis donc à la nuit
tombée. Passent ton visage, le vent dans tes cheveux ;
l’image rassemble ses reliefs.
Le fuseau de ta main tresse l'air, revient accidentellement
au bord de la tasse. L'après-midi fleurit sur la porcelaine,
l'été est généreusement anglais, deux ou trois doigts courent
sur ton menton, se rassemblent pour allumer une cigarette.
Je te vois en détails devant la flamme, tu t'éloignes derrière
le nuage. Ta mimique conclut le dilemme du plaisir et de son
contraire. Une mèche se noue autour de ton doigt dressé vers
le haut. Il n'y a de hauteur que l'impatiente réconciliation.
Les nuages se séparent des toits
mais ne rejoignent pas les hauteurs.
Le paradis singe la terre d'ici.
Les habitants rentrent en allumant
un petit carré d'âme ouvert dans la pierre,
sans volets. Les pluies ont usé la route, emporté
les chevaux qui regardaient les hommes.
Le seul âne qui s'incurve
sous le poids emporte
les pauvres dieux.
Extrait de SAUF, éditions du Cygne, 2021
Quand je rentre de ma leçon,
je ne fais pas le même chemin. Je m’égare souvent,
au risque de me perdre. Ma consolation
est ce que j’ai appris et que je me répète
jusqu’à l’épuisement.
L’autre leçon est celle du ressac en moi
qui de son écume blanchit mes cheveux.
C’étaient, au port, tes bras
repliés et tes mains sur la nuque.
On ne voyait que tes coudes que
tu articulais comme le Bec-en-sabot
de Copenhague.
C’était ton amitié libre ; dans les bureaux,
sur la mer calme, on négociait cent fois.
L’être figé derrière les vitres,
tandis qu’il neige, semble me saluer
en guise de reconnaissance.
Si nous nous sommes rencontrés, peut-être
avons-nous fait un faux pas jusqu’ici,
en ce jour fortuit, pendant un hiver
que la mémoire occulte, elle-même
affaiblie par le présent de ce mois de décembre
qui s’apprête à chanter quelque solitude
avec le vol du flocon.
Tu glisses ainsi, à la manière de la petite embarcation
qui conduit les dizaines de touristes, le long du quai
de Saône. Tu aurais pu être le pavillon dans la mâture,
le signe loquace d'un jour qui dure. Le sillage blanchit
davantage quand dérive la noix minuscule, peuplée
d’expressions ébahies couvertes de chapeaux et de verres
photochromiques. Caruso à son bord distrait l’oreille et me lie
de loin à ta présence furieuse. Tu t’immisces dans
le groupe hasardeux et te distingues de cet air bien familier
parmi d’habituels inconnus. Au retour, puisque rien ne dure,
débarquent dans le désordre, les rires, les mains et criaillements,
le soleil et l'étonnement naïf. Tu aurais pu pardonner, avec
l’épanchement qui n’est plus le mien, le haut fait de cette époque.
Rendez-vous au Marché de la poésie, à Saint-Sulpice, dans quelques jours, en juin.
L'auteur dédicacera son recueil au stand des éditions Aux Cailloux des Chemins.
VI
Parle à voix basse
dans le terrain de fleurs dorment les inconnus.
J'entendrai
bien ce que tu penses et ce que te répondent ceux qu'on a ensevelis.
Leurs sons noirs toucheront les pétales et, au-delà, je nous
trouverai errants coquelicots, songeurs dans toutes ces paroles
ou dans le vol de l'insecte
D'autres poèmes en lecture, via Calaméo : Mode Mineur Fabrice Farre
Assis tout près du jardin mais
en lui, à tes côtés, loin pourtant, le visage tourné
vers le nord, comme le tien,
à nous deux fantômes, à nous seuls brins manquants au buis.
Poème XVII, extrait de MODE MINEUR, page 83.
On communie sous le toit de Saint-Louis,
les voûtes bondissent dans les étoiles,
on chante gravement, raidis sur les pavés.
À la place des vitraux vibrent l’air et les gens
qui vont au ralenti. Les cierges rendent
les dernières larmes, tout est dans la pensée
de farine et d’eau.
Au départ, les tramways sont-ils courts ?
Ils n'ont plus ce souffle sur le quai
où l'on attend.
Une vieille mélodie électrique
surgit des rails, les mains et visages
se précipitent - les tramways s'allongent-ils
alors, une fois remplis ?
Un bref anévrisme de l'hiver serait sans doute dû
à un dysfonctionnement latéral
du matin qui se croyait entré dans l'été
avec son lot de voyageurs.
(2012)