On couche le cheval sur un grand drap, on prie
un peu en injuriant la terre où tombe le regard,
la mer laboure, les paysans rentrent.
L’aube se lève.
On couche le cheval sur un grand drap, on prie
un peu en injuriant la terre où tombe le regard,
la mer laboure, les paysans rentrent.
L’aube se lève.
Sur la
neige qui sépare
blanchit
le lièvre variable,
sa stupeur
fait une tache de sang
que fige
l’éblouissement.
La lucarne s'éclaire, la maison se soulève.
Dans l'odeur de talc fougère, les mains
ménagères fabriquent le pain de l'air.
La lampe du plafond fait voler des cercles de couleurs
et des arcs brisés et les voix aux airs latins s'amenuisent
à mesure que le lieu se retire.
C'est elle qui, tout en m'apercevant, jette
aux chats chétifs un morceau de pâte, soucieuse
de rester encore, ici-bas. Je la reconnais, léger sur la neige mère,
en moi.
in Carte de séjour, Encres Vives, 2025.
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| Crédit photo : Marianne Gioia |
La tache de café, dans le cahier, date de l'année où tu
vins t'installer dans cette vaste maison cueillie par le
verger de l'Ardèche. Les pêches mûres au bout des branches
arquées n'étaient pas cueillies - Ton arrivée signait le départ.
Je lisais entre les lignes de chaque page ton avenir plein
d'errances, jusqu'à ce que je boive cette eau noire dont l'oeil
maintenait deux solitudes : la mienne me rendit gauche et je
renversai ma tasse ; tu vins chercher un poème de secours.
La carapace d'acier retient le râle du moteur, on s'affaire
sans prière, bras et mains s'agitent à l'unisson, la parole
en moins. Enchaînées au devoir, sous la lumière des fenêtres
hautes, les blouses rythmiques et bleues, traversées par un rai
de poussière dansante, actionnent des roues dont le goût de fonte,
mêlé à la salive, est la raison de déglutir. La gueule béante
libère de petits trains de cartons prêts pour l'expédition, un tapis
rotatif les entraîne. Les machines parlent mieux que quiconque.