EXIL

 

Les pierres montent une à une

devant la mer et la mer a reconnu

le littoral ; la mer grommèle, la mer

respire pour lui. Le souvenir la garde,

la mer colère, la mer aimée ; la mer

ne voit que le prisonnier fou à lier, à aimer

à haïr, la mer essore, la mer se terre, la mer.




L'HEURE A PEINE

 

On couche le cheval sur un grand drap, on prie

un peu en injuriant la terre où tombe le regard,

la mer laboure, les paysans rentrent. 

L’aube se lève.



LIEVRE

 

Sur la neige qui sépare

blanchit le lièvre variable,

sa stupeur fait une tache de sang

que fige l’éblouissement.



HORS-SOL


La lucarne s'éclaire, la maison se soulève.

Dans l'odeur de talc fougère, les mains

ménagères fabriquent le pain de l'air.

La lampe du plafond fait voler des cercles de couleurs

et des arcs brisés et les voix aux airs latins s'amenuisent

à mesure que le lieu se retire.

C'est elle qui, tout en m'apercevant, jette

aux chats chétifs un morceau de pâte, soucieuse

de rester encore, ici-bas. Je la reconnais, léger sur la neige mère,

en moi.


in Carte de séjour, à paraître en 2025.


Crédit photo : Marianne Gioia


ANTOINE

 

La tache de café, dans le cahier, date de l'année où tu

vins t'installer dans cette vaste maison cueillie par le

verger de l'Ardèche. Les pêches mûres au bout des branches

arquées n'étaient pas cueillies - Ton arrivée signait le départ.

Je lisais entre les lignes de chaque page ton avenir plein

d'errances, jusqu'à ce que je boive cette eau noire dont l'oeil

maintenait deux solitudes : la mienne me rendit gauche et je

renversai ma tasse ; tu vins chercher un poème de secours.


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