AVEUGLE

 

A tâtons, les mains ouvertes et l'œil retourné vers le miroir

ancien, le corps frôle les parois des appartements occupés,

descend les marches au moment du verdict, cherche

et reprend son souffle. Mais qui es-tu quand, avant d'être

touché, tu demandes à ce que l'on t'accompagne. La traversée

de la forêt de souvenirs obstrue le passage, comment

peux-tu rencontrer le corps aveugle. Il traîne dans les prisons,

le gardien t'enjoint à quitter les lieux. Tu esquives l'ordre,

te mêles à la boue des propos autoritaires, prêt à retrouver

le corps ambulant qui manque.




STANTON (Hommage à Lorca)

 

Sur les terrasses de Newburgh, des ouvriers ôtent

l'herbe qui casse entre les doigts. Un oiseau est aperçu

lorsqu'il revient de l'amour, mimant un drone

dévastant le grand dehors. Dans la maison voisine

Stanton a reçu la visite d'un sombre individu

aux longs bras : sa serviette est remplie de documents

attestant un cancer. Les fenêtres se blessent aux carreaux

que colore un rideau curcumin. Parmi les statues vertes,

Federico a vu l'enfant Stanton à mi-chemin entre

ses dix ans et Grenade subissant l'assaut des grenouilles.




UN TOUR


Terre amie terre martelée vêtue de neige veuve

les hommes sortent du sac que l'on retourne

marchent sur la terre terre amie

terre martelée de neige

puis rentrent dans le sac

que l'on jette dans la terre

terre amie martelée noire veuve


Extrait de LA FIGURE DES CHOSES, Editions Henry, La main aux poètes,  2014, p.31


SANTA CROCE


Verts les cyprès grimpent jalousent la flamme

dans le lierre des particules de guêpes

consument la muraille à peine visible

le saule embrasse un espace sans se cacher

il y pleut deux fois par an pour ceux qui dorment

chaque visiteur qui passe se redresse



UTILITE

 

La jarre vacille et vrille le cours l'emporte

la moitié du ventre s'obscurcit et l'autre

reste sèche la bouche ouverte dans les airs

Sur décision cette jarre sera sauve

par faiblesse c'est donc le poids qui la perdra

seul le hasard jugera de l'utilité

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