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Fabrice Farre - Mode mineur - Mollat
Assis tout près du jardin mais
en lui, à tes côtés, loin pourtant, le visage tourné
vers le nord, comme le tien,
à nous deux fantômes, à nous seuls brins manquants au buis.
Poème XVII, extrait de MODE MINEUR, page 83.
On communie sous le toit de Saint-Louis,
les voûtes bondissent dans les étoiles,
on chante gravement, raidis sur les pavés.
À la place des vitraux vibrent l’air et les gens
qui vont au ralenti. Les cierges rendent
les dernières larmes, tout est dans la pensée
de farine et d’eau.
Au départ, les tramways sont-ils courts ?
Ils n'ont plus ce souffle sur le quai
où l'on attend.
Une vieille mélodie électrique
surgit des rails, les mains et visages
se précipitent - les tramways s'allongent-ils
alors, une fois remplis ?
Un bref anévrisme de l'hiver serait sans doute dû
à un dysfonctionnement latéral
du matin qui se croyait entré dans l'été
avec son lot de voyageurs.
(2012)
Tu glisses ainsi, à la manière de la petite embarcation
qui conduit les dizaines de touristes, le long du quai
de Saône. Tu aurais pu être le pavillon dans la mâture,
le signe loquace d'un jour qui dure. Le sillage blanchit
davantage quand dérive la noix minuscule, peuplée
d’expressions ébahies couvertes de chapeaux et de verres
photochromiques. Caruso à son bord distrait l’oreille et me lie
de loin à ta présence furieuse. Tu t’immisces dans
le groupe hasardeux et te distingues de cet air bien familier
parmi d’habituels inconnus. Au retour, puisque rien ne dure,
débarquent dans le désordre, les rires, les mains et criaillements,
le soleil et l'étonnement naïf. Tu aurais pu pardonner, avec
l’épanchement qui n’est plus le mien, le haut fait de cette époque.