PARTOUT AILLEURS, extraits


On travaille dans le pays, ôtant rails et traverses. On charge le ballast au soir, dans les sacs en toile, avant d'aller dormir. Les chemins défaits rêvent alors de trains. Pendant le sommeil, les rues partent en direction du foyer, délaissant les bleu de travail inflammables à la frontière, pour la couleur de la rose, le bonheur de l'oubli.


Les promesses de retour se multiplient, jusque tard dans la nuit. Venues du port par le bateau français, elles gravissent les coteaux couverts d'étoupe. Elles glissent dans le bassin rocheux, entrent dans la chambre du mourant. Promettre de revenir un jour est une trahison, une pierre qui retombe.


In Partout ailleurs, p.isage intérieur, 2018

Une lecture de Dominique Boudou : ici dans Recours au Poème. 



RIEN

 

Le volet replié dans le ciel d'où croule un feuillage

comme l'air, les bruits lointains après le ressac

et la terre affluant comme une mer pour l'alité,

 

lui garde les yeux levés, scrute la mécanique du mouvement

la couleur identique varie, la chambre tient dans le cœur

dehors est une chambre où la fièvre lave le rien qui nous excuse.


In Mode mineur (à paraître, début 2026)

PASSE, PASSE LA MAIN...


Passe, passe la main - l'oiseau furtif dans le bleu,

l'harmonica scintille pour répondre aux signes

étranges, à la fois noirs et blancs selon qu'ils sont

vus par mon père ou moi-même. Quelqu'un heurte le seuil

de notre jardin, le sol frappe sourd, jusqu'à nous,

l'année aura tout donné. C'est à nouveau la voix

issue de l'instrument que le père a avalé désormais ;

tous les graves sont en lui, les aigus pour les formes

sur nos têtes. Les bras massifs sont passés par

le tricot de corps blanc et le père a oublié de mourir.



In Avant d'apparaître, éditions Unicité, 2020.

 

PERPETUEL

 

Je recommence à vivre,

cette fois dans la peau du renard

buvant la rosée, enivré par le cœur

du thym généreux, fouinant sur la bute

élue par le chêne, cavalant derrière

une joie papillonnante, renardant

d’instinct avant une vie prochaine.


CARTE DE SEJOUR, Encres vives, 2025




                                                                Photo de couverture : Marianne Gioia



 

La lucarne s'éclaire, la maison se soulève.

Dans l'odeur de talc fougère, les mains

ménagères fabriquent le pain de l'air.

La lampe du plafond fait voler des cercles de couleurs

et des arcs brisés et les voix aux airs latins s'amenuissent

à mesure que le lieu se retire.

C'est elle qui, tout en m'apercevant, jette

aux chats chétifs un morceau de pâte, soucieuse

de rester encore, ici-bas. Je la reconnais, léger sur la neige mère,

en moi.



VUES ET REVUES

LISTES DES PAGES DU BLOG

POÉSIE CONTEMPORAINE... peut-être

TOUS LES TEXTES SONT PROTÉGÉS [page WIKIPEDIA]. Ils sont la propriété exclusive de Fabrice Farre.







ARCHIVES DU BLOGUE