ARPA n° 143

 

Leur jeu consistait à courir dans la direction contraire du

wagon, à la même vitesse, afin que les portes ouvertes de part

et d'autre leur offrent l'occasion de se voir une nouvelle fois.

L'un connaiisait le visage de l'autre, pourtant la peur tenaille

puis efface toute trace. Au bout de l'épuisement, enfin, la sur-

prise dévaste : elle est celle qui révèle l'image de son sem-

blable où chacun se reconnaît trait pour trait.


Extrait de LES SEPT LIGNES, Arpa n°143, février 2024

A LA FENÊTRE

 

À la fenêtre bourdonne une chose aussi grosse

qu'un poing. Le vent qui se hasarde par là

déplace le sable d'un désert probablement

saharien et sous sa chappe orange disparaît

la maison où l'on vit.


La chose récidive, tournoie et s'échine,

on l'évite d'instinct, elle danse encore

autour des têtes, grave, trop grave. La main s'agite,

la repousse, la bête pourrait piquer. On en connaît

la morsure quand, discordant tout comme le cœur,

le scarabée ouvre sa carapace.


 


AU SOIR

                                                                             NB : les mots en rouge sont ceux d'Andrea Moorhead.


Pourquoi viens-tu me surprendre en plein jour ?

Jour vert de pluie et de silence.

La lumière sursaute dans le coin d'une pensée

je te suis, les yeux retournés.

Loin des comètes

des mirages solaires.

Sans un mot, je te retrouve dans le passage du vent

je te donne des nouvelles, tu réponds dans la langue

d'un temps. Voix distincte des feuilles

reflets d'un miroir trop proche.

J'articule quelques syllabes

du dedans, de celles qui s'amarrent et permettent

d'entrer dehors, à nouveau. Je te poursuis,

leurré, le soleil te happe, mais c'est

l'éclairage d'une lampe haute.

L'ombre des mots sur les pages d'iris

sur les paupières du rêve.

Je lis donc à la nuit

tombée. L'encre sympathique

de toute lumière.

Passent ton visage, le vent dans tes cheveux,

l'image rassemble ses reliefs.


Juin 2025

DOUVES



Sophie Brassart (accès au site d'un clic sur l'image)

La lame de vie s'est glissée sous l'eau,

je l'ai fixée dans le miroir intime.

Au-dessus des douves, j'ai pu entendre

le brame du cerf lancer l'ultime

silence. J'ai vu les arbres, leurs branches se tendre.

Comme une feuille, je suis tombé vers le haut.


in IMPLORE, Bruno Guattari éditeur, 2020

MA NON TROPPO...

 

Telle est la cible : une chose mouvante,

animal probable des bois dans la ville, issue

du confinement et de la myopie.


Je la saisis mieux en fronçant les yeux,

la reconnais alors dans le lieu du désir,

entre un arbre charnu et une station-service.


Au moment où elle se sent atteinte,

elle s'arrête net, me renvoyant en me fixant

l'objet de l'assaut qui fait de nous deux victimes.






VUES ET REVUES

LISTES DES PAGES DU BLOG

POÉSIE CONTEMPORAINE... peut-être

TOUS LES TEXTES SONT PROTÉGÉS [page WIKIPEDIA]. Ils sont la propriété exclusive de Fabrice Farre.







ARCHIVES DU BLOGUE