La chanson du marin


Les bateaux rendent
l’eau de mer âpre
et le vent de sel
charrie la voix de métal
des cordes contre les mâts.

Un bleu de plus
vient grossir le quai plus noir.

Sur la terre, nous tenons
mais elle nous ignore. C’est
nous qui dansons, sur l’écume
nous lisons nos destins.

Microbe, n° 79

 


Ce numéro 79 a été piloté par Jean-Jacques Nuel, illustré par Nicole Vidal-Chich.

Au sommaire, on trouvera : Stéphane Beau, Christian Chavassieux, Christian Cottet-Emard, Roland Counard, Grégoire Damon, Bernard Deglet, Christian Degoutte, Fabrice Farre, Jean-Marc Flahaut, Alain Helissen, Frédérick Houdaer, Hervé Merlot, Paola Pigani, Stéphane Prat, Pascal Pratz et Marlène Tissot.

« Modèles réduits », Mi(ni)crobe 41, accompagne ce numéro 79 dont le pilote est, cette fois, l’auteur.

De la blanche à la noire


 

(d’après le tableau de F. E Vallotton « La femme blanche et la noire », 1913).

 

C’est la chanson – de quelques notes distinctes, longues  ou courtes – qui traverse l’air comme un boa bosselé, celle qui atteint le bleu jusqu’à son engourdissement alors que les corps se penchent et que la canne rompt tout à coup. Dans ma case toute resserrée et près de toi, ce sont deux mondes qui ne fondent pas comme le sucre à venir. Il en faut du souffle pour raser les terres. Le tien est bien plus facile pendant que tu dors et que je veille à ta blancheur, à ton sexe par où je voudrais passer et qui se ferme comme une lèvre noire. Par où, par où pourrais-je aller pour trouver ton noir de sommeil, celui qui persiste dans mon esprit et qui te retournerait comme un gant dont les doigts seraient à l’œuvre rouge pendant que je t’observerais. Ce n’est pas mon Dieu qui t’a peinte ou alors était-il aveugle. Pourquoi donc est-ce la lumière qui te découvre et pourquoi est-ce avec elle que je te trouve ainsi abandonnée, laide dans le blanc — mais le blanc peut-il être aveugle si je ferme les yeux. J’en voudrais au peintre, avec les mots de colère du contremaître ou de nos tambours sombres. J’en voudrais à ceux pour lesquels la peau du tableau est aussi réelle que de rester ainsi, comme moi, à observer le silence de cette couleur qui, comme la mienne, n’en est pas une.

Honte


Nous courons nous cacher
tant nous sommes imparfaits.

 

Entre les lacets de nos chaussures
le cuir aux yeux noirs ondule et

la honte vient l’ourler. Claque et bout
ne reflètent pas le monde, ou alors

n’est-il que la boue où l’on piétine.
Les yeux fixés vers le bas, repliés sur nous

faute de ne pouvoir être plus petits,
nous sommes de ce visage intérieur

les grains de laideur.

Gelée rouge, n°2

Août 2013 : parution du second numéro de Séverine Castelant, sur le thème de l'instant.

Sommaire copieux : ici





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