Ton prénom : Lucia...


Ton prénom : Lucia, frêle insecte au pied
du mur où nous comptions les soleils, dans la langue.
Tes mains scellées n’avaient pas de paume,
au jeu pourtant elles s’ouvraient.
L’orgue sarde du vent blanchissait les toits,
les figuiers sonnaient, en rien barbares, nous
avions trouvé le centre, sans doute l’odeur
du fruit, et l’un ou l’autre touchait enfin
la paroi, sans être vu ni des silhouettes à laine
ni des têtes au travail recourbées dans leur visage.



Extraits de Avant d'apparaître, Unicité, Coll. Le Vrai Lieu, 2020.
50 poèmes. 13 €.

Par notre absence noircissent les pommes...



Par notre absence noircissent les pommes,
nous succombons au métronome, transparents
comme le sommeil nous courons comme
l'eau afin d'aller veiller les reflets des hommes
qui vivent longtemps après nous.
A contre-courant, dans le débit des remous
porteurs, nous poursuivons la mort, semant
la vie à l'origine de la rivière où toi
et moi avons trouvé, limpides, sans jamais
chercher l'éternité, les visages de l'un et de l'autre.




Extrait de Avant d'apparaître, Unicité, Coll. Le Vrai Lieu, 2020.
50 poèmes. 13 €.



Poème 4, paru dans la revue Alkemie n°22.




A la frontière, l'arbre abandonne
son fruit : une coque vide où résonne
un fruit sec. En vérité j'ai quitté,
sans me retourner, un pays pour un autre.
Natif d'aucun lieu, j'eus cependant
pour branche l'oiseau interprète
un vent libre et lent dans les feuilles ;
je les entendais ailleurs avant de rouler
je les voyais toujours en allant vers l'oubli
cherchant le timbre ou le visage,
un lieu sûr, une rue, une fontaine fraîche,
une parole bue avant la naissance.



Revue Alkemie n°22, 2018


Revue Osiris, n° 87



Le silence s’étire svelte, sauvage
à travers les buis au ras du sol, gronde
et s’élève comme une masse invisible.
L’espace se dilate en ce rien minuscule
d’où l’on apprend la lenteur
au cœur de la disparition.

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